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L'EXPRESSION DES PERSONNES ET DES ORGANISATIONS | Valérie Bindel de Andrade
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L’agriculture « fait salon »

Feb 28, 2016

AAEAAQAAAAAAAATMAAAAJDY2MWVlY2ExLWY3MDktNDdhNy1iZDdmLTViNDgxMTE4NWExOQSur fond de « crise agricole persistante« , le Premier Ministre annonçait, la semaine passée, « une baisse des cotisations sociales de tous les agriculteurs« , assortie d’une « année blanche sociale » pour ceux ayant dégagé de très faibles revenus en 2015.

Le Président de la République inaugurant,  la 53è édition du Salon de l’Agriculture – Agriculture et alimentation citoyennes –  a décelé dans cette exposition un « acte patriotique« , dans le même temps qu’il a reconnu et dénoncé la crise du secteur.

Fin 2015, le Ministre de l’Agriculture confirmait l’élargissement du champ des réductions d’impôts afin de permettre aux producteurs de donner des fruits, légumes et pommes de terre transformés et conditionnés. Et d’ajouter: «[…] nous avons œuvré pour que cette possibilité soit désormais offerte pour les fruits, légumes et pommes de terre afin d’inciter encore d’avantage les agriculteurs à faire don de leurs produits. L’aide aux plus démunis est une indispensable preuve de solidarité […]  »

La lutte contre le gaspillage autant que la solidarité me semblent frappées au coin d’un bon sens que nous appelons de nos vœux. Pour autant, cette formulation m’interpelle. Elle établit une étrange scission: d’un côté « les agriculteurs » en position de donateurs, de l’autre,  » les plus démunis ». Certains agriculteurs ne sont-ils pas parmi les plus démunis – ce qui justifie, en outre, les mesures évoquées plus haut ?

De quels agriculteurs, éleveurs,  producteurs  ou acteurs nous parle-t-on?

Loin du tumulte des manifestations agricoles et des négociations, desexploitations portées par des agriculteurs et leurs familles font faillite dans un silence assourdissant….

Par ailleurs, la journaliste Isabelle Saporta, exprime dans son livre, Foutez-nous la paix, le ras-le-bol des agriculteurs français luttant sur le front des contrôles absurdes et zélés de notre administration à l’aune d’innombrables normes formatées par et pour les multinationales et autres empires de l‘agrobusiness.

Un journaliste de la première radio de France nous rappelait, cette semaine, quesi la France a des difficultés, toutes productions confondues, elle demeure lepremier producteur agricole européen. « Les crises du lait, de l’élevage, du porc sont rudes. Elles ne signifient pas que nous avons perdu notre rang de grande puissance agricole et agro-alimentaire. » Et de préciser que « les vins et spiritueux font un parcours tout à fait remarquable. À l’instar des céréales, nos exploitants fournissent 73 des 331 millions de tonnes produits en Europe. Nous sommes aussi leader dans l’élevage bovin. » Soit.

Nous savons que l’Union européenne produit 25% de ses besoins alimentaires en protéines végétales et reste  dépendante du commerce extérieur et du pétrole pour les 75% restants ; que 20% des hommes consomment 80% des ressources de la planète ; qu’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde tandis que 1/4 de la nourriture mondiale est jetée sans être consommée; que plus de 50% des céréales commercialisées dans le monde sont destinées à l’élevage et aux agrocarburants; que 40% des terres cultivables sont dégradées…

Dans ce vaste paysage,  l’Assemblée Générale de l´ONU avait, dès 2011, décidé de déclarer  2014 Année Internationale de l’Agriculture Familiale-AIAF. Ce thème  n’est pas neutre puisqu’il remet en question les dynamiques deMarché et certains modèles persistants. Le comité français de suivi de l’AIAF a décidé de créer un Observatoire des initiatives françaises de l’AIAF….

« Crise agricole persistante », crise de nos « modèles » ou  crise conceptuelle et paresse  sémantique ?

Agriculture ? J’ignore si ce seul vocable suffit désormais à définir et à décrire l’ampleur et la complexité de réalités, de pratiques, de besoins, de mobiles et d’enjeux qui ne sont ni homogènes, ni uniformes, ni seulement hexagonaux. Ce mot, par l’usage qui en est fait, se serait-il épuisé laissant s’altérer sa vertu expressive?

Quel est le sens ou l’objectif des ambiguïtés, des imprécisions voire des manques de rigueur qui émaillent propos, informations et discours ambiants? Noam Chomsky déclarait : « Une caractéristique des termes du discours politique, c’est qu’ils sont généralement à double sens. L’un est le sens que l’on trouve au dictionnaire, et l’autre est un sens dont la fonction est de servir le pouvoir – c’est le sens doctrinal. « 

N’étant ni expert en agriculture(s), ni en politique(s) agricole(s) , la succession des discours et des actes échappent – encore – à mon entendement… Je  devine, en revanche, que certains de nos Agriculteurs, ont sans doute d’autres préoccupations et aspirations que de seulement faire Salon….

« Entre les dérives des villes surpeuplées où évoluent misère, exclusion et violence, et des campagnes où évoluent abandon et friches, notre conviction est qu’un nouveau projet de société n’est possible, au Nord comme au Sud, que par la synthèse des acquis du monde rural et de la société urbaine. » 

Pierre Rabhi

http://www.lafranceagricole.fr/r/Publie/FA/p1/Infographies/Web/2016-02-18/AgriUE2015.pdf

http://ec.europa.eu/eurostat/web/agriculture/data/main-tables

http://ec.europa.eu/research/scar/index.cfm?pg=home

https://www.youtube.com/watch?v=NNGDj9IeAuI

 

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